Le crédit social inversé contre la délinquance

On sous-estime largement les conditions de vie que connaissent les jeunes dans les quartiers défavorisés, habitués à une absence d’espoir, confinés dans leur condition, stigmatisés et d’autant plus en raison de leur comportement asocial. Mais comment reprocher à des jeunes à qui la vie refuse tout leur rebéllion ?

C’est notre avenir qui fout le camp

Bien sûr, certains auront la force de s’en sortir par eux-mêmes, mais pas tous. Et l’Etat ne peut pas offrir à tout le monde des conditions de vie princières. Alors notre société agit de manière binaire : il y a les bons jeunes et la racaille et la place de la racaille est en prison, se durcissant, se renforçant, s’enfonçant dans la délinquance, de plus en plus stigmatisée et confinée dans sa condition. …Mais c’est notre jeunesse que l’on brime du glaive vengeur de la justice, trop laxiste pour les uns, injuste pour les autres. Notre société aussi est déviante, oubliant que le rôle de notre système judiciaire est de rendre la justice, pas d’apporter la vengeance à la vindicte. Le rôle de la justice n’est pas de sanctionner le déviant pour satisfaire la vindicte mais de rendre justice, c’est-à-dire sanctionner à hauteur de la faute, mais également de rendre justice au coupable lui-même, dont la faute est largement partagée dans le cas de cette jeunesse éloignée des joies de la vie, dont, pour certains, la seule possibilité d’exister, au moins dans leur communauté, est le repli identitaire et la violence qui démarque.

C’est la politique qui a installé progressivement les communautarismes, par la ghettoïsation progressive des cités où l’on s’est débarrassés de ce qu’il faut bien appeler des indésirables. On ne savait qu’en faire, étrangers, pauvres, non qualifiés, alors on les a entassés. C’est donc à la politique de résoudre ça, ce qui ne se fera pas d’un coup de baguette magique, c’est un travail de longue haleine, mais qu’il est possible de faire. Seulement la première étape avant toute autre chose, c’est de commencer par montrer de la considération à cette population, en ne jetant pas la pierre à ses jeunes. La racaille, nous la fabriquons, littéralement, par notre absence de réponse légale autre que l’ignorance, ressentie comme du mépris, ou la dureté, perçue comme de la méchanceté d’une société malintentionnée.

Il manque clairement un système pénal adapté

Les juges se retrouvent contraints à libérer ou emprisonner. Emprisonner, ce n’est pas la solution, c’est même exactement ce qu’il ne faut pas faire. Et s’ils mettent du sursis, c’est perçu par le coupable comme une remise en liberté et donc qu’ils ont gagné, qu’ils n’ont pas eu de sanction. Bien souvent on voit que ces jeunes ont des casiers longs comme le bras, généralement avec des faits relevant plus du parasitisme social tant qu’ils sont mineurs et une fois majeurs ça s’aggrave, on les retrouve à 24 ans avec une litanie de faits criminels. Concrètement, quand un jeune a été condamné 12 x c’est au moins 8 x de trop. Quand un jeune est passé 3 x devant la justice, il est clairement en phase de déviance et à ce moment-là la République devrait pouvoir faire son travail. Les parents n’ont plus aucune emprise sur leur rejeton qui se fout de tout, ce qui ne signifie pas que son sort les indiffère, il est ado et arrogant comme tous les ados. A ce moment-là il faut se donner les moyens de les accompagner, parents et enfant. …Et les possibilités de le faire existent, la technologie nous y aidant en facilitant considérablement les choses. On parle volontiers des parents démissionnaires, mais que dire de la République démissionnaire ?

La solution, c’est le crédit social inversé

Quand le jeune commet des conneries, le juge lui attribue un nombre de points, 1000, 5000, 10 000. Ces points sont valides à vie et tant qu’il en a un seul, il est pris dans un système correctif. Ce n’est pas sanctionnel, mais il n’est pas libre, il a des contraintes. Il a un bracelet électronique. Il ne peut pas quitter le pays, ou seulement dans un cadre défini avec des conditions précises. S’il veut quitter la ville il doit se signaler au commissariat, il ne peut pas manquer l’école, etc… Ces points lui restent jusqu’à ce qu’ils soient épuisés, à vie. S’il se conduit bien, chaque jour, chaque mois, chaque année, on lui enlève des points. Chaque jour 1 point, chaque semaine 10 points, chaque mois 100 points, chaque année 1000 points. Si le JAP estime qu’il le mérite, il peut lui enlever autant de points qu’il veut en cadeau. A contrario, chaque fois qu’il commet une faute, on lui en ajoute. Il a quitté la ville sans se signaler ? >> 500 points. Il a manqué l’école ? >> 500 points. Il a commis une agression ne justifiant pas une incarcération ? >> 3000 points. Il a participé à une émeute ? >> 1000 points. Il a traficoté ? >> 1000 points. Etc… les parents sont bien évidemment là pour jouer les intermédiaires, trop contents qu’on ne leur mette pas leur enfant en prison et qu’on les aide dans leur parcours.

En échange, le jeune a des possibilités de réduire ses points. On créé des camps, comme des camps de redressement, mais ouverts, de caractère non sanctionnel, où il se rend de son propre chef, à sa demande. Pour qu’il le fasse, il faut que ces camps lui proposent des avantages sexys et des contraintes supportables. Ils sont non militaires, mais fonctionnant comme à l’armée avec des petits avantages. Celui qui se lève avec les premiers a des croissants, de la confiture, du miel, du cacao, quand il n’y a plus de croissants, il reste le pain et le beurre et on enlève tout le reste, il boira du thé. Il y va donc de manière volontaire et dans ce camp, non seulement il est scolarisé, mais il suit des cours de citoyenneté et, aussi, on lui offre la possibilité de faire des choses qu’il ne pourrait pas faire dans la vie, en interaction avec les pompiers, le SAMU, l’armée, l’ONCFS, la Fédération de chasse, la police, les collectivités, des associations, etc… Chaque jour passé dans ce camp, où il n’est là que de sa propre volonté, lui enlève des points s’il se comporte correctement et il en prend dans le cas contraire. Des actions possibles sont mises en place pour accélérer la baisse de son stock de point : nettoyage des locaux, assistance aux autres moins favorisés dans le centre, coup de main aux cadres, participation aux décisions de la part d’autogestion du centre, participation volontaire à des cours non obligatoires, etc… Il gère son stock de points en fonction de son comportement.

Les partenaires lui offrent des possibilités

En fonction des points gagnés dont le coût est fixé d’entente avec le système, chaque partenaire peut lui proposer des choses susceptibles de l’intéresser. Tout simplement des vacances ? >> 1000 points. Un séjour sur le Charles de Gaulle en opération ? >> 1000 points. Un séjour où il conduira des véhicules tout-terrain et tirera au fusil d’assaut ? >> 3000 points. Des pompiers sur un incendie ? >> entre 100 et 500 points suivant la taille de l’incendie. plus c’est excitant, plus c’est cher, mais plus il fait des trucs qu’il ne pourrait pas réaliser et qui l’excitent habituellement : voler dans un avion de chasse, conduire une jeep en tout-terrain, tirer au fusil d’assaut ou la mitrailleuse en terrain découvert, Intervenir sur un incendie et participer à son extinction, intervenir sur les lieux de graves accidents et dans les services d’urgence des hôpitaux, participer aux activités dans les infrastructures publiques, comme les réservoirs, les abris anti-atomiques, les centrales énergétiques (barrages, centrales nucléaires), le métro, les catacombes, etc… etc… tellement de choses sont inaccessibles ou invisibles ou simplement méconnues du public, surtout celui-là. Et comme le système est ouvert, il peut très bien aller dire bonjour à sa famille ou la recevoir dans le centre, librement en individu responsable.

Quand il a épuisé tous ses points, il est libre, on peut même lui donner un diplôme pour ça qu’il pourra présenter plus tard en disant : « j’ai merdé, j’ai dû gagner tant de points, c’est fait ».

Le jeune déviant est ainsi accompagné pour s’extraire de sa condition

Tant qu’il ne change pas de comportement, sans réelle contrainte, sans humiliation, mais il ne dispose pas de sa vie comme il l’entend. A vie, tant qu’il ne change pas, il est suivi électroniquement, tout lui est interdit partout sans autorisation. Il veut retrouver sa liberté, il change de comportement. On ne l’humilie pas, on ne le sanctionne pas, on le récompense, on ne fait que ça. On fait appel à son intelligence et on lui donne des moyens de communiquer, de manière à en faire un lien avec les autres jeunes de sa cité, il est le moyen de pénétration idéal pour des médiateurs qui vont aller à leur rencontre non plus imposés par l’Etat, mais en tant qu’invités de leurs pupilles. Et il y a fort à parier que ça générerait des vocations, devenir garde-forestier, pompier, militaire, ambulancier, etc…

Parce qu’il y a une chose qu’il ne faut pas oublier chez ces jeunes : c’est qu’ils sont solidaires, tiennent à leurs familles, ce sont des gentils. Et donc si on les sort de leur milieu, qu’on leur offre des vacances, des possibilités, de l’espoir, leur besoin d’aider les autres peut très bien prendre le pas.

Ce serait facile à mettre en place, bien plus économique que la prison, donnant des moyens à la justice.

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