TOP marqueur historique : le téléphone fixe disparaît !

Orange l’a annoncé, cette fois on y est, le téléphone fixe, de maman, grand-maman, arrière-grand-maman, tatie, tonton et consorts, c’est fini

Une très grosse page du 20ème siècle qui se tourne. 

C’est quand même une sacrée page qui se tourne. Ceux qui ont aujourd’hui 20 ans, 25 ans, ont toujours connu le portable, le téléphone sans fil en fixe à la maison à la rigueur, en multibase, multicombiné, DECT. Moi j’ai connu toute ma vie le téléphone à cadran. Nous avons eu notre premier téléphone à touches, le gros combiné orange (pas « Orange », Swisscom, à l’époque « PTT ») en 1984. Avant ça nous avions un téléphone gris à cadran et avant ça un téléphone noir à cadran.

Dans la famille, à la ferme ou chez les grand-parents, il était au mur. Je me souviens de mon oncle, pompier, alerté par le téléphone qui sonnait en continu : « RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNNGGGGGGGGGGGG … » et il décrochait,attendait son nom puis disait : « présent »… et il partait. A la ferme, on l’entendait du fond du jardin : « DRRRRRIIIINGGGG….. DRRRIIIIINNNNGGGG…..DRRRIIIIIINNNNGGG…. » et les gens savaient qu’on mettrait du temps, il y avait facile deux cent mètres. Ou alors il fallait remonter de l’étable, se laver les mains, avant de répondre.

A la maison, durant des heures ma soeur qui se pâmait avec une amie : « quand je pense que celui-là j’en étais amoureeeeuuuuse », (Cynthia :)​  ) avec les doigts emberlificotés dans le fil, alors que moi j’attendais mon tour pour appeler un client. Des fois c’était le contraire, je m’étais installé un sans fil dans ma chambre et j’avais bidouillé la prise pour qu’il soit dominant. De fait, durant des heures je squattais la ligne, pas toujours pour parler affaires.

Un jour, je nous ai modernisés, j’ai installé un fax, avec un répondeur et donc un tri. Je me suis fait engueuler par mon oncle qui se plaignait que le fax décroche s’il n’y a personne. Si c’est un fax, il prend le fax, sinon la sonnerie change pour avertir que ce n’est pas un fax, puis finalement il délivre le message du répondeur. Et à l’époque, c’était pas rien : 20 centimes ! Le simple fait que ça réponde coûtait 20 centimes. Le téléphone coûtait si cher que lorsqu’on avait un appel « interurbain » à passer, de Neuchâtel à Lausanne ou Zürich (je ne parle donc même pas de Toulouse à Paris) on préparait ce qu’on avait à dire, parce que l’appel allait coûter 40 centimes par minute. L’équivalent de 1€50 aujourd’hui, je n’ai pas fait le calcul,mais ça doit bien donner ça.

Un jour je suis allé en vacances, à 13 ans, au Cap Fréhel, c’était la première fois que je quittais la Suisse. J’étais peut-être allé en France, aux Rousses ou un truc du genre, il avait déjà fallu passer devant les gabelous et c’était impressionnant, mais c’était tout. Là, j’étais donc en Bretagne, à 1000 km. J’appelle maman, depuis la cabine du camping de Sables-d’Or-Les-Pins, une vraie de vraie, comme on en fait plus, qui ne prenait pas encore la CB, plantée dans le sable, au sommet d’une dune, avec la vue sur l’océan. J’avais préparé des piles de pièces. J’ai commencé par les pièces de 10F >> cling >> 10F >> cling >> 10F >> cling >> plus de 10F je passe aux 5F >>cling>5>cling>5>cling>plus de 5F, je passe aux 2F>clingcling>2F(cling)2F>clingling>2clingFcling2>clingcling fin de la communication, je n’étais plus assez rapide pour introduire les pièces au fur et à mesure qu’elles disparaissaient, englouties par l’appareil. Avec un pile de pièces de 2F, ça coûtait si cher qu’on n’avait pas le temps de les introduire pour se parler de la Bretagne à Neuchâtel. Ce n’était pas en 1865, c’était en 1980.

A la ferme, à la Neuveville, ce téléphone noir, installé au mur depuis l’entre-deux-guerres et qui n’avait jamais été changé, c’est moi qui l’a remplacé, par un téléphone « dernière génération » : le Tritel ! Bien obligé, dans les années 80, les centraux étaient passés de la composition analogique (crrrrrr, crrr, crrrrrrr, crrr, crrr…) à la numérique, le DTMS (bip, du, bop bip, dudu…), c’était d’ailleurs comme ça qu’on avait eu notre premier téléphone à touches, avant, ce n’était pas possible. Bien sûr, les PTT, devenus Swisscom, faisaient la conversion et ils l’ont maintenue une bonne dizaine d’années. Puis ils ont annoncé qu’ils allaient y mettre fin. J’installe alors ce Tritel, à la sonnerie mélodieuse que l’on n’entendait plus au fond du jardin, puis j’ai formé tout le monde à son utilisation. Les chiffres, ça allait, finalement, « c’est comme les chiffres sur la télécommande de la télé » (authentique). Mais il y avait par exemple la touche « R », jamais vue et très perturbante. Il a fallu longtemps pour que les utilisateurs comprennent que ce n’était pas le rappel du dernier numéro que TU avais composé, mais le dernier qui avait été composé sur le téléphone. Et mon oncle me disait : « pourquoi je suis tombé sur l’Edmond alors que le dernier que j’ai appelé c’était Jean-Louis Zmoos ? » et moi je lui disais : « c’est parce que Machin a téléphoné à Edmond depuis ». Ca le dépassait un peu. Un jour, j’ai encore amélioré la chose, j’ai tiré des lignes un peu partout pour avoir le téléphone au bureau et à la cave et j’en ai profité pour modernisé le Tritel. J’ai remis EXACTEMENT le même. Même clavier, même sonnerie, même couleur, même forme, même modèle. MAIS, à la place d’un cache sur l’autre, il y avait un bouton avec un haut-parleur. Mon oncle arrive pour téléphoner, il s’est prostré, littéralement figé devant le téléphone, incapable de l’utiliser quand tout-à-coup il a bredouillé : « c’est quoi ce bouton ? » !

Toute ma vie n’était faite que de ça… et voilà que ça disparaît. Beaucoup vivants aujourd’hui ont connu les villages sans le téléphone. Où je vis aujourd’hui, il n’est arrivé qu’en 78, juste après l’électricité et avant l’eau courante, une quinzaine d’années après le goudronnage de la route. Durant des décennies le peuple aura payé les infrastructures, le déploiement des lignes de cuivre et les poteaux. Maintenant on tire la fibre, on s’apprête à les enlever.

Quel changement ! C’est que, rendez-vous compte, j’ai 51 ans, c’est pas vieux, pourtant, quand je suis né, ça ne faisait que 22 ans que la Seconde guerre mondiale était finie ! Voilà pour ceux qui croient que 51 ans c’est jeune.

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