A propos d’immigration

Il n’est pas question pour moi de traiter ici directement de l’immigration, parce que, quoi qu’en disent les populistes à son sujet en pointant du doigt ce qui arrange ceux qui l’exploitent goulûment sans vergogne, l’immigration n’en n’est pas vraiment un (de sujet, donc). Si elle était si problématique pour les français, Marine Lepen serait présidente.

Or, en fait, le socle électoral de ceux qui existent grâce à elle n’est fait, comme de juste, que du sempiternel cinquième de la population à la pensée la plus profonde, si profonde que la lumière n’y pénètre pas. Ce taux n’a pour ainsi dire jamais bougé, mais il est amplifié par un autre cinquième de gens qui produisent un vote sanction par dépit de l’innocuité du paysage politique actuel. Il faut se souvenir qu’il y a des décennies le FN avait plusieurs dizaines de représentants à l’Assemblée Nationale, ça ne lui a jamais donné le pouvoir ni la majorité quand même. Même si 75% des français estiment qu’il y a trop d’immigrés et que 35% se déclarent racistes, dans les faits, les français aiment les étrangers. Ils sont conscients qu’il s’agit d’humains, avec des recettes de cuisine, des méthodes de travail, un Savoir. Il y a des villages entiers qui se soulèvent pour empêcher l’expulsion de familles d’immigrés. Ce sont donc bien les tensions sociales la base du problème et pas l’immigré lui-même.

En réalité, ces chiffres traduisent deux choses :

L’ignorance du fait démographique et social sur le sujet, ce n’est pas pour rien que le socle électoral du RN est ce qu’il est intellectuellement parlant.
Les français sont conscients des problématiques consécutives à l’immigration, qui ne sont pas imaginaires, contrairement à leur interprétation dans la plupart des cas. En particulier en zone mixte dense.

En Île-de-France il y a même des municipalités où l’étranger, comprenez « l’arabe » ou « le musulman » est majoritaire. Je suis moi-même un immigré, mais n’étant pas arabe même musulman, je ne suis donc pas un étranger, un terme qui correspond à une description très fine où, communément, les suédois sont pris en exemple comme étant leur exact contraire. Et ces tensions s’exportent volontiers jusque dans les campagnes par sympathie patriotique. Ce qui, toutefois, est très différent de la jalousie nationaliste. Mais cette densité n’est pas partout la même et le choc culturel n’est donc que très localisé et il se propage de là. Sans justification réelle si un Zemmour ou une Lepen n’est pas là pour la créer de toutes pièces.

Dans les faits, si on traite du thème de l’immigration, soit on est pour et on perd environ la moitié de la population, soit on est contre… et on perd la moitié de la population. Et ça inutilement puisqu’en réalité il n’y a aucune « solution ». Il faut être clair sur la question : ceux qui prétendent avoir une solution, toujours simpliste, telle que « il faut expulser les étrangers illégaux », sont des enfumeurs. L’immigration est un droit, que les immigrés finalement représentent et défendent par leur statut, et par conséquent ils ignorent superbement les mesures de contrainte légales. En 2003, en Suisse, Christoph Blocher tapait du pied pour devenir Conseiller fédéral pour combattre l’immigration en affirmant qu’il réglerait le problème. Il énumérait très exactement les propositions d’une Lepen ou d’un Zemmour : immigration zéro, expulsion des illégaux, expulsion des criminels, expulsion des profils incompatibles, etc.

Concrètement, des immigrés des balkans, essentiellement de jeunes albanais, des gars de 16 à 20 ans de 1 m 80, costauds, pratiquant les arts martiaux, nés dans la violence de la guerre n’ayant connu que ça. Les suisses n’en menaient pas large. En discothèque, tout-à-coup un albanais arrivait et disait : « c’est moi qui danse avec la demoiselle »… et on laissait faire. Parce que dans le cas contraire, c’était l’émeute. Il appelait ses copains à la rescousse et ça tournait à la bagarre générale avec des blessés, parfois graves. Et pas la peine d’appeler la police, parce que pour calmer le jeu, il lui fallait mobiliser des centaines de personnels, ce qui prenait des heures, quand ils existaient. Et si elle arrivait en insuffisance, ça aurait pu très mal tourner. Alors la police évitait la confrontation à tout prix dans l’objectif de limiter les dégâts. Autant dire que la population suisse était exaspérée.

Finalement les suisses l’ont élu. Il a fermé les frontières, durci les conditions d’établissement et fermé les centres d’accueil, pour rendre les arrivées moins confortables. En réplique, les pays de renvoi des expulsés ont refusé de les recevoir, donc la Suisse ne pouvait plus expulser puisqu’elle n’avait plus nulle part où le faire. Ca a circulé dans les pays d’émigration. L’extrême-droite populiste a découvert à ce moment-là que ce n’est pas le pays d’hébergement qui décide d’expulser, mais bien le pays de renvoi. Très rapidement le bruit à circulé dans le monde que la Suisse ne pouvait plus expulser et donc ceux qui visaient l’émigration en Europe en ont profité massivement. Le bilan a été un véritable afflux de migrants qui a battu tous les records. Loin d’avoir limité l’immigration, Blocher n’a réussi qu’à l’amplifier, mais en s’étant privé des moyens de la gérer. Comme il n’y avait plus de centres d’accueil ni d’aides, ils sévissaient partout dans les rues, vivant de rapines, d’agressions, il a fallu ouvrir d’urgence les abris antiatomiques pour les héberger. Ce n’est donc pas l’adversité légale ou sociale qui va les rebuter.

Et donc toute « mesure anti-immigration » ne peut être que vouée qu’à l’échec et toutes l’ont été systématiquement. Quelles que soient les mesures qui ont été appliquées, leur incidence a toujours été à la marge. Les japonais et les chinois sont profondément racistes, les japonais étant de surcroît nationalistes. Eh bien, malgré tout, des noirs, africains, y ont émigré et vivent dans la population. Ces gens sont tellement brimés, depuis des siècles et des siècles, qu’ils sont habitués à vivre dans la confrontation avec l’autre pour s’imposer. Nous parlons ici d’hommes et de femmes, d’enfants,  victimes de la civilisation, de l’épopée humaine. De facto, TOUS les gouvernements ont agi sur l’immigration, il y en a eu des plus favorables et des moins favorables. Mais quelles que furent leurs positions, la situation n’a pas changé. Elle évolue, il y a de plus en plus d’immigrés, c’est vrai, même s’il y en a en vérité plutôt peu en France, qui est un pays colonisateur, il ne faut pas l’oublier, ce qui fait qu’il a toujours été intriqué avec ces populations. Par ailleurs, dans le passé, la France a déjà eu des élus étrangers, elle a eu un député canaque, un musulman algérien. Et au début du 20ème siècle la djellabah était une banalité dans les rues de Paris et même à l’Assemblée Nationale ou un député en était vêtu.

Ainsi, traiter de l’immigration en termes « d’invasion » ou de « Grand remplacement » n’a rien de véritablement pertinent au sens de la raison, ni d’une réponse à apporter à la population. Il s’agit juste d’un argumentaire politique purement populiste. On ne traite de ce type de sujets que lorsque on n’a rien à dire, qu’on ne sait pas quoi faire. Quand on ne sait pas que dire, on parle « plein emploi », « sixième république », « sécurité », « immigration » … et aujourd’hui, nous n’oublierons pas « écologie », qui fait toujours bien dans le paysage, même si on ne sait pas forcément de quoi il retourne. De toute façon il suffira de parler de vélo, de train, de conscience climatique et hop, emballé c’est pesé. Et ça permet d’éviter de surcroît les dangereuses circonvolutions morales qui risqueraient de susciter l’empathie, ou pire, la compassion.

Ce qu’il se passe est que la cinquième république est usée jusqu’à la corde. Non pas d’un point de vue social ou légal, mais d’un point de vue politique. Nous sommes dans un système politique en fin de course qui se noie dans le refus de la transition sociétale indispensable depuis la fin des « Trente glorieuses » au début des années 70, passant par tous les subterfuges pour parvenir à ne pas évoluer. 50 ans plus tard, nous sommes toujours au 20ème siècle. Et comme il n’a plus de réponses à apporter à qui que ce soit, le monde politique s’est habitué à son bain rhétorique douillet et facile pour celui qui n’a pas de vision d’avenir. Aujourd’hui, la politique se noie dans une rhétorique de pataugeoire dont l’immigration fait partie, tout comme c’était le cas à la fin de la troisième et de la quatrième république avant la nôtre, et c’est le peuple qui suffoque.

En vérité, l’immigration est un non-sujet qu’il est crucial de ne pas toucher, parce qu’il est contaminé par l’extrême-droite. Les populistes, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite ont tous la même caractéristique : ils sont les hard-discounters de la politique. Je me souviens du directeur de la Coop, seconde chaîne de supermarchés en Suisse, lors de l’arrivée de Lidl, qui était interviewé par la TSR sur la concurrence que représentaient les hard-discounters. Et lui a rétorqué : « nous sommes meilleurs qu’eux, mais ça ne se voit pas. Nous avons plus de 80’000 références dans ce magasin (l’interview était réalisée en plein magasin de taille moyenne), les hard-discounters en ont 1000. Je retire les 79’000 produits où nous sommes les moins bien placés et voilà, nous sommes des hard-discounters. Mais nous préférons le service à la population, leur métier c’est vendre, le nôtre c’est d’approvisionner. ». Dont acte !

Que signifie dès lors être « hard-discounter de la politique  » ? Eh bien c’est simple : les populistes s’accaparent les thèmes qui leur sont chers. Pour l’extrême-gauche ce sera les riches, les impôts des riches, les entreprises qui doivent embaucher, le plein emploi, la pauvreté (à cause des riches donc), le capitalisme, etc.. Pour l’extrême-droite, c’est la sécurité, l’étranger (qui compromet la sécurité donc), c’est le national dit « de souche » (qui subit l’étranger donc), l’immigration, l’inégalité (le national de souche ne reçoit pas assez alors que l’étranger reçoit trop), etc.. Les deux n’ont pas les mêmes conséquences politiques. Alors que si on intervient sur un thème de l’extrême-gauche au pire on risque d’être taxé de gauchiste, ce qui ma foi est tout-à-fait supportable à la rigueur. Si on intervient sur un thème d’extrême-droite on devient fasciste. Et s’il s’agit de brimer l’étranger d’une façon où une autre pour satisfaire la vindicte, on l’est assurément et objectivement.

Il n’en reste pas moins que si les thèmes utilisés par l’extrême-gauche ne sont que connotés, ceux de l’extrême-droite sont contaminés. Ce que l’extrême-droite a tripoté devient intouchable sous peine de disparition politique. L’affable et quand même très humain François Hollande a eu l’audace de vouloir intervenir après l’attentat de Charlie Hebdo, en proposant une mesure qui pouvait pourtant passer de bon sens avec le retrait de la nationalité française aux doubles nationaux suspectés d’appartenance à un groupuscule islamiste et leur expulsion éventuelle. On se souvient tous de la levée de boucliers et de la volée d’injures subites dans les médias. Il était devenu un nazi ! Et ça fait le jeu de l’extrême-droite, parce que c’est cette « contamination » qui la fait vivre. L’extrême-droite s’empare des thèmes qui lui sont propres et qui font partie du fait de société et donc qui devraient être gérés au fil de l’eau, dans le cadre de la gouvernance politique. Mais comme ils sont contaminés, chaque gouvernance les laisse de côté pour éviter de subir les affres de la contamination fasciste. Ce faisant, la situation s’aggrave continuellement, jusqu’au jour où l’extrême-droite a beau jeu de dire : « vous voyez, on vous l’avait bien dit, il n’y avait que nous qui disions la vérité ». Alors qu’en réalité ce sont eux qui sont à l’origine même du problème en empêchant qu’il soit traité dans le cadre de la gestion courante d’un État.

En tout état de cause, la situation de l’immigration ne résulte ni d’un laxisme gouvernemental, ni d’un manque d’intérêt politique. Mais au contraire d’un déterminisme politique délibéré –et même organisé– de se débarrasser du problème et ce depuis des décennies : chaque gouvernement a poussé la poussière sous le tapis ! On accuse les communautarismes, mais c’est nous qui les avons créés. On accuse les étrangers de délinquance, mais nous les y contraignons. On les accuse d’envahissement, mais ils sont très fortement minoritaires et c’est nous qui les avons envahis et exploités. Avant même de vouloir traiter du problème de l’immigration, il faut donc remettre l’église au milieu du village. Et les choses sont finalement assez simples dans leur description : dans les années 50, les HLM étaient des paradis, pour les ouvriers et les retraités. Des appartements salubres, dotés du confort moderne. Ceux qui vivaient en HLM étaient les seuls pauvres à disposer d’une salle de bain. A cette époque, il y avait toutes les nationalités dans ces immeubles et cette mixité sociale faisait la fierté des habitants.

Dans les années 70 Jean-Marie Lepen a hérité de Hubert Lambert, adepte de ses thèses, qui a fait de lui un multimillionnaire « pour qu’il puisse pratiquer la politique dont il a envie ». Le FN s’est donc approprié les grands thèmes d’extrême-droite, les contaminant. Et pour faire bon poids, alors qu’à cette époque où la proportionnelle était en vigueur à l’Assemblée il disposait de nombreux députés, il a dénigré l’étranger, l’a stigmatisé, discriminé, générant la ségrégation qui perdure aujourd’hui dont il est perpétuellement toujours question de la durcir encore. Ce faisant, au fil des décennies l’extrême-droite, les termites de la politique, a-t-elle rongé, grignoté, éreinté, les soubassements de la démocratie. Ainsi, les immigrés ont-ils été « évacués » systématiquement vers les HLM, qui petit-à-petit se sont transformés en ghettos, parce que lorsqu’une communauté avec laquelle on vit depuis longtemps et que l’on appréciait devient trop prégnante, la vie change et l’environnement devenant inadapté pour les nationaux, ils s’en vont. Et c’est comme ça que la France a transformé en ghettos les paradis d’hier.

1981, une cité HLM, l’origine du problème, le début de la ghettoïsation, la population se divise.

Ces gens se sont retrouvés entassés, concentrés, en masse, dans de grands ensembles, sans aucune perspective d’avenir. Déjà qu’ils ont de la peine à se faire accepter pour obtenir un emploi, si toute la cité est constituée de la même ethnie, plus personne n’a de travail. Pour exister, la seule solution reste toujours le communautarisme, qui revient à mettre en commun le peu de ressource disponible, pas pour vivre, pour survivre. Et le communautarisme, pour être solide, a besoin d’être renforcé culturellement. Et donc la communauté se resserre autour de sa culture d’origine, qu’elle impose a son environnement, s’éloignant de plus en plus de la république, et plus elle s’en éloigne et mieux elle survit, parce que plus elle est intégrée dans sa communauté, plus elle devient religieuse, jusqu’à la radicalisation… et plus les fachos se régalent, compromettant les droits à l’existence des membres de ces communautés condamnés à renforcer leurs positions.

Voilà pourquoi l’immigration relève juste de la rhétorique de caniveau pour les mollassons du bulbe. En réalité il s’agit simplement de population. Aucun pays, aucune nation, n’a jamais, dieu merci, été monolithique. Et plus une civilisation est avancée et plus elle est cosmopolite, hétéroclite même, la diversité étant la clé de la spécialisation, socle de la civilisation. Quand on n’a rien à dire en politique, on en parle. A Courant Constructif, nous n’en parlons pas, parce que nos solutions sont systémiques, elles vont au-delà des considérations ethniques, sans pour autant perdre conscience de la réalité sécuritaire, mais qui se résoudrait largement d’elle-même en répondant aux bases fondamentales des tensions sociales. Et dans la logique systémique que nous soutenons, au-delà des croyances persistantes et ridicules comme le « Grand remplacement », largement contredit par le fait démographique, la question ne se poserait pas.

Ce n’est pas l’interculturalité qui pose problème, mais la contraculturalité, en raison des communautarismes que des décennies de politique sans vision a produit. La multiculturalité est bénéfique, et la France est le pays le plus multiculturel du monde et il en est fier. Le plat préféré des français n’est pas le poulet basquaise ou le cassoulet toulousain, c’est le couscous. La langue française est imprégnée de mots arabes, plus que de latins, ce n’est donc pas peu. La contraculturalité est problématique, parce qu’il s’établit une culture en marge qui se confronte à la culture nationale qui la rejette, ce qui est source de tensions. Et plus la culture nationale rejette l’autre culture et plus elle se distancie et se communautarise pour exister et plus elle est rejetée. Il est logique et facile de penser que si le système était équitable, les uns vivants avec les autres, tout le monde en profiterait au lieu de subir. Alors, bien sûr, pour paraphraser quelqu’un que vous reconnaîtrez, il y a le bruit et l’odeur…

L’hospitalité d’une communauté arabe ou africaine intégrée est absolument fantastique. Encore faut-il que pour s’intégrer elle ait de quoi vivre. Que ses enfants n’aient pas pour seule perspective le cousin au costard de luxe qui roule en BMW parce qu’il a fait fortune dans le trafic de cannabis et fait déjà gagner l’équivalent de deux SMIC les petits de 10 ans du quartier pour faire le guet, leur permettant ainsi prendre conscience très tôt des opportunités qui leur seront offertes plus tard. Pour avoir des perspectives, il faut que ces gens soient dilués dans la population. Et dans notre systémique, c’est mécaniquement le cas, sur plusieurs points :

Nous démantelons l’idée même de la cité HLM en prônant la diffusion de droits au bail, qui sont littéralement de la monnaie, certifiés par blockchain. De fait, dans ce qui est aujourd’hui un immeuble HLM, il pourrait y avoir des appartements chers comme des peu chers. Le logement n’est plus dédié à un prix. Il y a un volume total de loyers et d’appartements en France et ce volume est divisé en autant de droits au bail qui circulent au gré des besoins. Ce qui fait que ces populations aujourd’hui confinées aux immeubles sordides sont susceptibles de se retrouver absolument n’importe où.
Nous démantelons l’idée même de la nécessité d’un emploi pour vivre. Or il n’y a rien de mieux qu’une culture alternative pour exister autrement que par le travail. Les français aiment l’art, le bricolage, la couture, la cuisine, la coopération et l’étranger nous apporte beaucoup. Le fait même de leur permettre de vivre de leur culture va rapprocher tout le monde.
Nous démantelons l’idée de l’école telle qu’elle est aujourd’hui portée par l’éducation nationale. De fait, les enfants étrangers et français n’auront plus à subir les effets de la ségrégation dans des classes sordides où des petits veaux sont formatés pour devenir des moutons. Dans notre vision systémique, s’il se produit des échanges, ils seront recherchés, au lieu d’être contraints.

Et donc, il nous faut aller plus loin, sur la gestion du logement, qui est un élément-clé de l’apaisement de la société et de l’intégration individuelle. Habiter c’est vivre. Le logement ce n’est pas juste un toit, c’est le lieu où l’on est chez soi, où on est en sécurité, on se reconstitue, où il y a ce que l’on aime. Si on se sent bien chez soi, on se sent apaisé dans la vie. Et pour cela il faut une série de mesures que j’ai déjà décrites :

En interdisant l’exigence de caution solidaire. Ça c’est une pratique bien franco-française qui est absolument intolérable. Mais elle implique évidemment la protection des propriétaires en compensation.
Il faut interdire le refus d’une forme de caution reconnue (Caution de l’Etat, assurance) et qu’en tout état de cause elle soit déposée chez un administrateur légal neutre, aux frais du propriétaire, de sorte que le propriétaire ne peut pas en profiter sur le dos de son locataire et en plus abuser en refusant de la rendre à la sortie, la rendant quasiment impossible à récupérer, comme c’est bien trop souvent le cas.
Il faut instituer une garantie universelle des loyers. L’Etat se substitue au locataire indélicat sur demande du propriétaire, ce qui ouvre lieu à une poursuite avec saisie, pour que le locataire soit saisi mensuellement au moins d’une partie du loyer, trop de locataires se disent que puisqu’ils ne peuvent pas payer ne paient plus rien. Coté propriétaire, il faut rendre obligatoire l’assurance perte de loyer qui relève de la gestion élémentaire. Le locataire n’a pas à subir le propriétaire mécontent de ne plus recevoir son loyer sous prétexte qu’il a préféré économiser sur l’assurance.
Il faut inventer un statut de prête-nom. Qu’un locataire puisse demander à un prête-nom, avec qui il signerait un contrat-type, fourni par l’Etat. Et c’est le prête-nom qui va louer le logement à sa place. Ainsi, si des personnes de couleur ou musulmanes veulent louer, elles trouvent un prête-nom bien français, qui se présente au propriétaire, signe le bail… et ce sont les personnes qui n’avaient aucune chance d’entrer dans le logement sans que le propriétaire ne puisse rien faire. Le bail est alors réputé au nom des personnes qui y vivent du moment que le contrat-type existe. Le bail est constitué alors du contrat de prête-nom plus le bail au nom du prête-nom, au même titre que si le bail était au nom des habitants, qui doivent évidemment se signaler en arrivant.
Ensuite il faut instaurer ce système de droit au bail avec une blockchain. Tout propriétaire qui a signé un contrat avec l’Etat verra son loyer encadré, mais tant qu’il sera sous contrat, il ne perdra jamais un seul mois de loyer, il ne subira pas de dommages en cas de saccage, il aura une vraie visibilité sur la gestion de son bien à long terme. Et en cas de problèmes avec le locataire, il y aura un dispositif de médiation et d’accompagnement comme dans le cadre des HLM quand la loi est respectée. Le dispositif s’articule avec l’action sociale locale.
Enfin, il faut créer un permis de louer que le locataire pourra exiger. Il ne s’agit pas là de faire respecter la loi sur la salubrité, mais que le permis de louer établisse l’état du logement. C’est-à-dire que le propriétaire qui veut louer doit demander son permis, il a une visite de la commission de salubrité qui va expertiser le logement et lui donner une note qui fixera le montant maximal du loyer en fonction du niveau local des loyers. Ou même qui interdira la location du bien pour l’habitat. De louer sans permis revenant alors à de la fraude fiscale, puisque le fisc exigera le permis de location pour la justification de chaque rentrée. Et donc le propriétaire ne pourra pas déclarer ses gains s’il n’a pas de permis.
Pour terminer, il faut remettre à plat les APL. Pas d’APL au locataire qui entre dans le logement. Si le prix est trop cher, il ne peut pas louer et le logement reste vide, tant pis pour le propriétaire. Surtout si on crée une surtaxe foncière sur l’habitat vide en zone tendue (qui pourrait servir à abonder un fonds de défiscalisation en zone non tendue pour permettre de baisser le loyer et faciliter ainsi l’exode citadin). Et les APL ne sont versées que le temps du crédit, une fois le crédit terminé, le propriétaire doit baisser son loyer d’autant que les APL reçues par son locataire. C’est simple à comprendre, tant que court le crédit, disons 800 € par mois, le propriétaire loue à 1200 €, il a 400 € de marge. Le locataire reçoit 200 € d’APL. Qui sont justifiés, parce qu’à 1000 € le logement ne serait pas rentable. Mais une fois le crédit terminé, rien ne justifie que le propriétaire maintienne le loyer à 1200 €, où là il empoche carrément la totalité de la somme des APL, qui sont un véritable appel à monter les loyers. Alors à ce moment-là il descend le loyer de 200 €, ainsi le locataire paie toujours 1000 € et le propriétaire ne perd rien puisque le logement est de toute façon payé. De la sorte, la promotion immobilière est toujours encouragée parce que ses prix élevés sont maintenus et donc sa rentabilité, mais les APL ne contribuent plus à la hausse des loyers. Il faut comprendre qu’il existe des propriétaires qui possèdent des dizaines de logements. Imaginez-vous posséder 25 logements et vous percevez en moyenne 150€ d’APL par logement, soit 3’750 €/mois payés par le contribuable, versés directement à des nantis.
On peut imaginer d’autres mesures comme la facilitation du bail contre travaux sans conditions absurdes où le fisc retombe sur le proprio en estimant qu’il a bénéficié de temps de centaines d’heures à x euros ce qui fait gningnin euros d’impôts et après on lui tombe dessus pour les charges sociales. Quand ce n’est pas pour travail dissimulé.
Il faut moduler la fiscalité foncière de manière proportionnelle au loyer en regard du marché local. Plus le loyer est bon marché par rapport au prix moyen et plus le propriétaire paie moins d’impôt foncier. L’impôt foncier est un des impôts les plus justes qui soit, parce qu’il sanctionne le fait qu’une surface de territoire soit dédiée au bénéfice exclusif d’un propriétaire au détriment de l’ensemble. L’impôt foncier est donc une forme d’indemnisation pour la perte collective d’usage. Partant, plus le propriétaire a un comportement allant dans le sens de l’intérêt collectif, plus il est raisonnable de penser qu’il doit être moins fiscalisé, ce qui l’aide, en plus de l’inciter, à prendre cette voie.

Avec tout ça, nous générons un environnement inclusif, donc favorable à l’intégration. L’assimilation n’est ni une question, ni souhaitable, elle se fait d’elle-même au travers des interactions sociales lorsque les choses vont bien. D’autant que tout ceci est intégré dans notre concept intégral de transition sociétale absolument unique. Outre la dynamique sociale induite par l’environnement contributif stimulant imaginé pour Courant Constructif, avec l’AMI les communautés locales pourront espérer trouver du financement, pour réaliser des activités collaboratives en plus de leurs projets professionnels, par exemple une cuisine communautaire typique avec livraison à domicile, ou un atelier de mode couture, la diversité ouvre des portes innombrables en termes de goûts, de couleurs et de sourires quand les populations ont d’autres choses à penser qu’à manger et ceux qui veulent les priver de ce qu’elles n’ont pas. Et donc nous offrons des perspectives aux immigrés, la possibilité de mener leur vie.

L’étranger, le différent, est l’ennemi en période de disette, mais sujet de curiosité lorsqu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter et un ami quand tout va bien. Ceci est vrai dans tout le règne animal. S’il naît un cerf albinos dans un troupeau dans une montagne, il sera parfaitement accepté et vivra avec le troupeau. Si un hiver rude survient et que le troupeau souffre de la faim, ses membres sacrifieront l’albinos. Ca ne leur résoudra pas le problème, mais ils auront quand même fait quelque chose. Il est donc faux de s’autoriser à penser que d’en vouloir à l’autre de sa situation personnelle est humain, non, c’est animal.

Dans tous les cas, quoi que nous fassions, même si nous avons la vision et la systémique permettant de résoudre le problème et donc de quoi répondre aux médias, il faut bien avoir conscience qu’entre la mise en place et les premiers effets, on parle d’une latence d’au moins 20 ans. On n’efface pas les conséquences de 50 ans de politique sociale d’un trait de plume, la société est très malade et il faudra un long traitement, lourd et douloureux. Non seulement parce qu’il est interdit (et de toute façon immoral) d’établir des quotas pour créer artificiellement une mixité, il faudra en passer par les mouvements naturels autour du logement. Et d’autre part parce que ces communautarismes sont solidement organisés désormais, ils ont littéralement construit des zones franches où leurs membres se sentent chez eux, où les lois de la république ne s’appliquent plus vraiment. Les leviers sont minces et les points d’appui faibles. Néanmoins, la chose est possible, c’est juste une question de sincérité et de bonne volonté, sans agressivité.

Et là, on est vraiment constructifs !

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