Des acquis sociaux qui nous coûtent un pognon de dingue. Vraiment ?

On a souvent coutume de dire que les aides sociales coûtent chers et encouragent l’oisiveté. Or, comme le démontre cette vidéo réalisée par des équipes de France Info, la réalité est bien plus nuancée que cela. Ces aides sociales sont en réalité à l’origine de l’incroyable élévation du niveau de vie que l’on connait actuellement. En effet, elles ont permis le ruissellement sur la population de l’incroyable création de richesse, permise par les progrès de la technologie qui ont amélioré la capacité de production des machines. Cependant, nous verrons aussi que dans ce contexte où le travail devient de moins en moins nécessaire pour produire les biens et les services, les aides sociales deviennent obsolètes.

La genèse du système social

Les aides sociales ont été mises en place au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale pour compenser la pénibilité et le fait que le travail ne payait pas assez. Depuis la fin du XIXème siècle, les ouvriers sont littéralement maternés par les patrons qui fournissaient à leurs salariés logement, nourriture, charbon, école, etc. Mais tout cela en échange d’un faible salaire et d’une loyauté sans faille envers le patron, sans quoi le salarié perdait tout et finissait dans la misère avec sa famille qui bénéficiait aussi des avantages cités.

Cette situation conduisait non seulement à un esclavage de l’ouvrier, mais aussi à sa paupérisation. En n’accordant que de faibles salaires, ils n’avaient tout simplement pas les moyens de contribuer à la société en disposant d’un pouvoir d’achat. Le marché était donc extrêmement limité. Ce qui limitait aussi la capacité de création de richesse du pays.

Le problème, c’est qu’avec un marché limité par l’absence de pouvoir d’achat des ouvriers, l’économie était tout aussi sensible aux aléas. Le plus grave étant la crise de 1929 qui a mis en exergue la limite du système paternaliste. C’est alors que s’est posé le problème de ruissellement de la création de richesse sur les individus pour agrandir le marché et ainsi accroître la capacité de création de richesse. C’est dans ce contexte que sont apparues en France les premières mesures sociales dès l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936. Mesures qui consistaient à réduire le temps de travail par une semaine de 40 heure, d’imposer des journées de congés payés ou encore les premières conventions collectives. Processus interrompu par la Seconde Guerre Mondiale trois ans plus tard.

Un système ayant permis l’élévation de l’ensemble de la société

L’instauration du système de protection sociale a permis aux individus de s’émanciper et ainsi d’obtenir la liberté qu’ils n’avaient pas sous le paternalisme. Les conditions de travail s’améliorent et les salariés disposent d’un revenu décent. Ces éléments ont permis de démultiplier la capacité de création de richesse des pays concernés par l’étendue du marché que ces mesures sociales induisaient. En effet, les salariés, disposant désormais d’un pouvoir d’achat, peuvent consommer ce qu’ils produisent et donc permettre aux entreprises de générer des bénéfices plus conséquents.

Ce pouvoir d’achat a aussi permis de créer de nouveaux besoins, notamment dans les loisirs, la culture ou encore le confort personnel. Ce qui a engendré la création de nombreuses entreprises dans de nombreux domaines. Ce qui a contribué à augmenter encore d’avantage la création de richesse du pays. Sans compter le besoin en main d’œuvre qui a accéléré l’exode rurale dans les années 1960. Dans cette situation, tout le monde se salarie, obtient donc un revenu stable et donc un niveau de vie décent, par rapport à la vie de subsistance de leurs ancêtres paysans frustres et incultes.

Il faut aussi ajouter que cette incroyable capacité de création de richesse a profité à l’État, qui a pu par la même occasion accru sa capacité d’investissement pour mieux rendre service au peuple. En effet, avec les nombreuses entreprises qui généraient des bénéfices, l’État pouvait récupérer des taxes. Ce, non seulement sur les bénéfices des entreprises, mais aussi sur la consommation grâce à la TVA, mais aussi sur les revenus grâce à l’impôt sur le revenu, qui existait déjà depuis le début du XXème siècle. Bref, grâce à cette incroyable capacité de création de richesse, l’État peut financer de nombreuses infrastructures qui ont aussi contribué augmenter le niveau de vie. Les hôpitaux se multiplient, améliorant la santé et donc l’espérance de vie, déjà en hausse avec l’amélioration des conditions de travail. Les écoles se sont également multipliées, permettant aux individus de savoir lire et écrire et donc d’améliorer l’accès à la culture, chose qui jusque là n’était accessible que par une élite. Cet accès à la culture va aussi rendre la société plus démocratique puisque les individus pourront exercer leur droit de vote lors d’élections. Ce qui leur était inaccessible sans le savoir et l’écriture.

La société s’oriente peu à peu vers les services et la consommation de produits pour le foyer (électroménager, voiture, vacance, etc.). Ce qui a ainsi élevé la population à un niveau de vie jamais atteint jusque de toute l’histoire de l’humanité. Bref, les aides sociales ont servi à compenser l’aspect contre nature du travail. Travail encore nécessaire pour faire fonctionner des machines certes améliorées, mais ayant besoin d’humains pour les faire fonctionner.

Nous avons donc ici la preuve qu’il est absurde de considérer que les aides sociales sont chères et inefficaces. Dans le cas où elles permettent le maintien du pouvoir d’achat, elles sont utiles. En effet, le simple fait de faire ses courses du quotidien, c’est un acte de création de richesse puisque cela permet aux entreprises de réaliser des bénéfices, qui seront taxés, et de la redistribuer aussi sous forme de salaires pour les salariés et de dividendes pour les propriétaires, qui à leur tour, iront consommer et ainsi continuer de faire fonctionner la machine économique. De plus, la consommation est taxée par la TVA, qui représente à elle seule 50 % des recettes de l’État. Autrement dit, la Protection Sociale contribue bel et bien à la création de richesse.

Un système désormais désuet avec la fin du travail

Depuis les années 1980, le travail se raréfie en raison de l’informatisation qui mène à l’automatisation des tâches répétitives jusque là effectuées par des humains. Les entreprises ont donc de moins en moins besoin de main d’œuvre pour produire les biens et les services. D’où ce chômage de masse qui perdure depuis des années. Les aides sociales qui ont servi à compenser les désagréments du travail, permettent aux chômeurs qui ne peuvent plus travailler, du fait qu’il n’y ait plus de travail pour tous, de disposer encore d’un petit revenu pour compenser la perte de leur emploi. Par ailleurs, dans la foulée de ce phénomène, c’est finalement l’État qui assure pratiquement aux individus 40% de leur revenu global.

C’est d’ailleurs grâce à ces aides que la France parvient à se maintenir à niveau par rapport à ses voisins qui les ont diminué. Le taux de pauvreté en France tourne autour de 8 % de la population, puisque les individus disposent toujours d’un socle pour leurs dépenses du quotidien et donc d’une petite capacité individuelle de création de richesse. Le marché ne rétrécit pas encore assez pour que l’économie ne puisse plus fonctionner.

Seulement, le contexte change. Maintenant que le travail se raréfie en raison de l’automatisation des tâches à accomplir, les aides sociales sont devenus de véritables substituts aux revenus autrefois en grande majorité issues du travail. Il ne s’agit donc plus de rendre le travail moins difficile et plus rémunérateur. Avec un RSA autour de 500 Euros par mois, des APL et autres, ce n’est pas assez pour permettre aux individus de contribuer en créant des micro-activités, faute de marge de manœuvre. De plus, il n’y a pas l’environnement collaboratif pour permettre les échanges d’idées et de capitaux. Les individus doivent donc survivre avec leurs petites aides en attendant une solution alternative. Bref, ils n’ont tout simplement pas de marge de manœuvre pour créer ce qui leur permettra de gagner leur vie autrement que par le travail. Ils doivent donc se résoudre à la survie en acceptant des emplois sous payés et entre temps, une période de chômage précaire.

Il est nécessaire d’adapter la société à la fin du travail

C’est dans ce contexte qu’il faut adapter la société à la fin du travail. En effet, il ne faut plus donner des aides sociales pour compenser les difficultés du travail, puisque cette question n’aura plus à se poser. Ce qu’il faut, c’est mettre en place un environnement collaboratif pour donner aux individus les moyens de contribuer à la société autrement que par le travail. Pour cela, il suffit que l’État prenne quelques mesures pour faire en sorte que ce nouveau modèle de société voit le jour.

Dans cette série de mesure, il en faut une pour permettre aux individus de toucher le minimum de part de création de richesse à laquelle ils ont droit du simple fait de leur existence. En effet, quel que soit ce qu’on fait dans la société, on crée de la richesse, notamment en visionnant des publicités sur internet et même dans la rue, ou simplement en faisant nos courses du quotidien. Ce premier élément, c’est le revenu universel, calculé sur la base d’un impôt négatif, qui diminue au fur et à mesure que les individus concernés augmentent leurs revenus en parallèle. C’est ce qui se fait déjà avec la prime d’activité. Cependant, cela ne sera pas suffisant pour que les individus, notamment ceux qui ne disposent pas de moyens conséquents, démarrent seuls leur projet. Il leurs faut des capitaux pour cela.

C’est là qu’intervient le second élément, qui est la mise en place d’une série de mesures fiscales qui, en plus de succéder à l’impôt sur le revenu, incitera les riches à réinvestir leurs capitaux dans l’économie réelle. Cette série se compose de trois impôts que sont l’impôt sur le niveau de vie, l’impôt sur l’inégalité et enfin un nouvel impôt sur les dividendes. Mais cela ne suffit toujours pas. En effet, l’investissement des capitaux des riches seuls n’est ni plus ni moins qu’un transfert d’une poche à une autre. Or, il faut créer de la richesse. De plus, dans cette configuration, seuls les riches pourraient investir dans l’économie réelle, et ce n’est justement pas le but recherché. Il faut que l’individu lambda puisse aussi influencer sur des projets en disposant d’une certaine capacité d’investissement. Sans compter sur le fait qu’il faille fédérer l’ensemble des acteurs économiques, financiers et porteurs de projet, pour que tout le monde s’y retrouvent avec d’un côté les financiers qui sauront où investir leurs capitaux et les porteurs de projets qui pourront disposer davantage de visibilité et de soutien logistique.

C’est là qu’intervient le troisième élément qui deviendra le pilier de l’économie du XXIème siècle : l’Action Mutuelle d’Investissement. Il s’agit d’une plateforme de financement participatif qui réunira les capitaux de l’ensemble de la société, riches et moins riches, et disposant du levier bancaire, pour ainsi démultiplier la capacité d’investissement des individus et créer de la richesse. Ce levier bancaire sera particulièrement utile pour les individus issus de la diversité car non seulement cela démultipliera leur capacité d’investissement, et donc leur influence dans l’économie réelle, mais en plus, cela sécurisera d’avantage leurs capitaux puisque ce ne seront pas leur argent qui sera directement émis, mais bien de la monnaie crée et empruntée aux banques partenaires, pour les investissements en question.

À noter que toutes les mesures citées doivent fonctionner de concert l’une et l’autre. Si elles sont mises en place individuellement, la société ne pourra pas fonctionner. Voilà pourquoi le revenu universel, par exemple, serait un échec, voire un coût s’il était mis en place seul. Il en est de même pour les autres mesures.

 

Bref, s’il n’y a pas à réduire la voilure des acquis sociaux, sans quoi le pouvoir diminuerait, avec les conséquences délétères que cela engendrerait pour notre économie. En effet, si les individus ont moins de pouvoir d’achat, ils peuvent créer moins de richesse, et donc ce sera moins de rentrées fiscales et moins de croissance et un niveau de vie toujours en baisse. Cette baisse de capacité de création de richesse devra être de plus en plus compensé par l’endettement massif de l’État, jusqu’à la faillite puisque cette fébrilité économique ne permettra pas de rembourser la dette pour la maintenir à un niveau acceptable. La seule chose à faire pour non seulement ne pas faire perdre de pouvoir d’achat aux individus et en plus, de leur permettre de contribuer à la création de richesse en leurs laissant le choix de l’activité qu’ils veulent faire, c’est tout simplement de faire la Transition Sociétale pour adapter la société en conséquence.

2 Comments

Guillaume Desfaucheux

Très sympa cet article, comme souvent. Je pense que vous devriez néanmoins citer des chiffres, des ordres de grandeurs au moins, afin de justifier auprès des lecteurs et prospects que ce que vous promettez est réalisable. Je n’en doute pas, je suis Thierry et ses idées depuis presque 6 ans, mais c’est pour convaincre davantage les lecteurs perplexe :).

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Thierry Curty

Bonjour Guillaume,

Merci beaucoup. Vous avez raison, il faudrait des chiffres… mais alors plus personne ne lit. C’est tellement contraire aux croyances, tellement vaste, que la seule solution c’est de faire le même parcours que celui que les gens font avec les déclinistes ou les populistes : c’est-à-dire suivre pour avancer petit-à-petit et comprendre. Si vous écoutez Macron, Sarko, il n’y a pas de chiffres. Les chiffres vous les avez dans les médias qui commentent derrière et donc c’est progressif. Nous sommes encore isolés.

Merci beaucoup pour votre soutien qui pourrait bien changer les choses un jour. 🙂

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