Sécurité routière : une contrainte liberticide délirante pour peu de résultats

En 1972 la France a connu 16 545 morts, il fallait évidemment faire quelque chose…

Il y avait l’avant, pour le moins… romanesque !

Dans les années 70 les français roulaient à tombeau ouvert avec des poubelles. Déjà que la tenue de route des voitures de l’époque en bon état était incertaine, mais parmi les véhicules en circulation, bon nombre n’était objectivement tout bonnement pas en état de rouler. Je me souviens qu’en 1980 je suis allé en colonie de vacances en Bretagne, au Cap Fréhel avec le MJSR, Mouvement pour la Jeunesse Suisse Romande. J’avais 13 ans, j’étais un super sportif, musclé et tout, c’était la première fois que je quittais la Suisse et donc également la première fois que je voyais de l’eau salée. Autant dire que j’en ai pris plein les mirettes. Voile, planche à voile, plongée, équitation, on a galopé sur la plage, l’eau éclaboussant sous les sabots des chevaux, comme au cinéma. Et à l’époque le paysage était très différent. Les routes étaient en bien moins bon état, certaines encore non goudronnées, il n’y avait que peu de lotissements, des cabanes de vacances en bois, c’était tout simplement beau.

Et les voitures, alors, si l’environnement était paradisiaque de rusticité authentique, les voitures étaient la rusticité même. Un jour le directeur du camp me prend avec lui pour aller chercher le lait à la ferme (oui, à l’époque on trouvait encore du vrai lait, buvable et tout). Il avait une 4L blanche et il me dit : « fais gaffe, n’appuie pas sur le sol, il y a un trou ». Je soulève le tapis et je vois un bout de carton et sous le carton… la route ! A un moment donné la route se met à sinuer, il ralentit et sa conduite devient incertaine dans les virages et il me dit : « faut que je refasse les freins ». Je ne vous parlerai pas des pneus. Non seulement 4 différents, probablement 5 avec la roue de secours, mais tous lisses, sauf ceux où on voyait la ferraille qui donnait un peu de profil.

Et c’est pas que c’était l’exception, hormis ces menus défauts sa 4L était plutôt propre par rapport à ce que je voyais. Pour le petit suisse que j’étais, habitué à la propreté méthodique, tout doit être réglé au carré et absolument parfait tout le temps, cette poésie m’avait fait un effet dont je subis encore les conséquences aujourd’hui que je suis venu y vivre. Mais pour la sécurité routière, c’était pas ça. En Suisse, avec nos belles voitures, non plus, remarquez. Mais c’était parce que la Suisse c’est surtout de la montagne, des routes sinueuses, souvent gelées. Il convient d’appréhender la situation par pays. J’avais déjà écrit sur l’idée que de mesurer le nombre de morts par 100 000 habitants est une absurdité statistique.  Toujours, fallait-il vraiment faire quelque chose. Autant de morts, 12 384 en 1980, n’était pas supportable. La route était une véritable boucherie.

Et pour faire, on a fait… 

Tout d’abord il a été introduit les limitations de vitesse, puis la ceinture de sécurité à l’avant et on a interdit aux enfants de voyager dans la malle. Puis la ceinture à l’arrière. On a ensuite durci le ton sur l’alcoolémie, l’état des véhicules, introduisant le contrôle technique. Ce faisant, le nombre de morts est passé des 16 545 de 1972 à 7 262 en 2002. C’était évidemment hautement souhaitable, le gain est évident.

En 2003 Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, introduit un resserrement de la sécurité routière, il annonce l’implantation de radars partout, la systémisation des contrôles d’alcoolémie, etc… de fait, on se le tient pour dit. A l’époque je vivais au Grau d’Agde, j’avais déjà déménagé en France depuis 1997. J’avais vécu dans la région toulousaine, au Sud de Toulouse, puis le bord de mer et c’était bien sympa. Sous la pression des annonces politiques et d’une présence policière renforcée, même sans de véritable répression supplémentaire, le simple fait de l’idée, qui responsabilise, fait que le nombre de morts passe en 2003 à 5731, encore 1500 morts de gagnés. Franchement, même si c’est embêtant, le jeu en valait la chandelle quand même. Et on pouvait quand même encore rouler.

La politique de sécurité routière se densifie, des contrôles plus précis, le nombre de radars augmente, on sanctionne de plus en plus sévèrement la ceinture, on durcit le contrôle technique, et on descend à 3653 morts en 2012. La chute est continue, on a encore gagné 1000 morts. 2100 depuis 2003, 3500 depuis 2002, 13 000 depuis 1972, c’est considérable.

2013, Macron, nouveau resserrement

Cette année-là le nombre de morts descend à 3268, encore 400 morts d’un coup. Ca devient franchement liberticide, ça tourne à l’oppression, qui est l’oxygène d’Emmanuel Macron pour qui la populace est du bétail qu’il faut dominer. Mais il y a eu encore 400 morts de moins, c’est quand même considérable, ça peut valoir un petit sacrifice.

A partir de ce moment la folie répressive à tout prix, l’oppression devient franchement prégnante. De plus en plus d’oppression, la folie du zéro mort. On introduira même le 80 avec Edouard Philippe, évidemment sans aucun effet. Tant et si bien qu’après 10 ans de folie répressive, on parvient en 2022 à avoir 3267 morts, soit UNde moins qu’en 2013, après un record de 3477 en 2016, 200 de plus. Pour la première fois de l’Histoire de la sécurité routière, il y a eu une hausse du nombre de morts et aucun gain sur la mortalité routière.

A noter que ce n’est pas une exception, mais plutôt une règle. On peut par exemple prendre aussi la Suisse, où le même phénomène s’observe. En 1971, 1773 morts. On introduit des mesures, comme la limitation de vitesse, la ceinture de sécurité, etc… 10 ans plus tard, en 1983, 600 morts de moins, un tiers de moins. Dix ans plus tard, après durcissement des contrôles pour l’alcoolémie ou des excès de vitesse, en 1993, encore 400 morts de moins. 2003, encore 200 morts de moins. Ca devient un enfer de rouler, mais c’est encore supportable. A partir de cette année-là ça devient la folie, mais dix ans plus tard, en 2013, encore 300 morts de moins, il n’y en a plus que 269. Depuis 2013 c’est l’hystérie totale, on durcit, on durcit, on durcit et finalement en 2022, après un point plus bas à 187 morts en 2019, on se retrouve finalement avec 241. C’est bien un modèle social qui se répéterait dans n’importe quel pays devenant cinglé avec la sécurité routière. Aujourd’hui, rouler en Suisse n’est pour ainsi dire plus réaliste et ça ne marche pas quand même.

La différence entre la sécurité et l’hystérie, le principe de précaution et l’aversion au risque

La sécurité, c’est le principe de précaution. Toute activité a sa part de risque, la route comporte des risques, qu’il n’est pas possible de réprimer. Et l’hystérie, c’est de l’aversion au risque, qui consiste à réprimer de plus en plus durement alors qu’on voit bien que c’est déjà tellement que les gens ne respectent plus rien, de toute façon on va les emmerder pour quelque chose. Quand on se fout de la gueule du monde, le monde se fout de notre gueule, c’est normal.

Objectivement, en imaginant que l’on mette la circulation partout à 30 et qu’on la fasse respecter, nous aurions encore au moins 2000 morts. Pire, en imaginant que l’on interdise la voiture particulière, qui devient réservée aux professionnels, forces de l’ordre, pompiers, ambulances, taxis, artisans, on ne roule plus que sur dérogation, nous aurions encore vraisemblablement 1000 morts.

Et c’est là que l’on comprend qu’être équilibré psychologiquement c’est accepter que les activités produisent des risques et les intégrer. De soulager la pression sur l’oppression routière non seulement donnerait de l’air à la population qui se sentirait moins brimée, mais ça n’augmenterait pas le nombre de morts et même ça pourrait le diminuer. Parce que sous l’effet de la responsabilisation, il y a toujours tranquillisation, on a moins tendance à la rébellion. Certains pays ont augmenté la vitesse sur les autoroutes à 150, mais en ajoutant des radars pour rassurer l’opinion publique. D’augmenter la vitesse, ils ont eu raison, d’augmenter les radars, pas. Parce que l’autoroute est ce qu’il y a de plus sûr. Plus il y a de gens sur l’autoroute, moins il y en a sur le réseau secondaire et moins il y a d’accidents.

D’autant que la sécurité est bien plus grande à haute vitesse sur l’autoroute, ce qui stimule la vigilance, au lieu de s’endormir en se traînant comme des larves à 130, ce que je ne peux pas, personnellement, sur l’autoroute, je supporte le 150, en-dessous, c’est difficile. Et comme c’est très contrôlé, vu ce qu’elles coûtent, elles n’offrent plus la prestation suffisante, elles ne rendent plus le service, pour lequel on les paie. Le modèle des autoroutes avec leurs péages a été créé avec l’idée qu’une fois dessus, on roulait, on se plantait à 180-200 et on traçait. En supprimant cette possibilité on a oblitéré l’intérêt de prendre l’autoroute qui en échange de son prix doit offrir la prestation lui correspondant. Et donc bon nombre, comme moi, la prennent le moins possible, préférant profiter du paysage sur le réseau secondaire, également moins surveillé si on prend carrément les routes de campagne.

Plus on opprime, plus on a de morts… et plus les autoroutes coûtent plus cher, parce que, du coup, les détenteurs des concessions autoroutières, pour maintenir leurs bénéfices mirobolants, augmentent constamment les tarifs au gré que moins de gens les empruntent. On fait tout pour que les gens les empruntent, avec des télépéages pratiques et confortables, des aires qui deviennent des zones commerciales, impraticables pour ma part, je préférais largement les petits restoroutes de l’époque. Aujourd’hui je ne m’arrête plus dans ces grandes galeries, c’est inintéressant, on trouve là encore bien mieux sur le réseau secondaire, moins cher, plus bucolique, moins surveillé, avec des paysages à couper le souffle, parce que qu’est-ce que la France est belle… quand on ne prend pas l’autoroute. Et tant pis pour le risque d’accident.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89volution_d%C3%A9taill%C3%A9e_des_accidents_routiers_en_France_m%C3%A9tropolitaine

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