Non, l’adaptation à +4° n’est pas possible

La question ne se pose clairement pas, c’est du pur populisme visant à minimiser la réalité des faits, ce qui est favorable aux intérêts financiers dominants en faisant reposer sur la population la charge de subir le réchauffement. Déjà avec +1,5° les conséquences sont très très largement sous-estimées. A +4° la civilisation ne peut que s’effondrer et c’est le monde à la Mad Max, il n’y a rien que nous puissions faire pour nous adapter. Même en imaginant que chez nous ça reste encore supportable, ce serait s’imaginer être seuls au monde que croire en une possible adaptation. Pour profiter de notre avantage, il faudrait faire quoi ? Construire un mur de 10 mètres de haut tout autour du pays ? Alors que nos approvisionnements sont essentiellement importés ? 

Il n’y a aucune conscience systémique des réalités dans cette idée d’une prétendue adaptation à une telle hausse. Aujourd’hui une grosse part de nos abricots vient d’Israël, nos tomates du Maroc. Là, ce serait terminé, plus de dattes, plus d’abricots, plus de tomates, nous devrions tout produire nous-mêmes. Et avec une telle hausse, ce serait plutôt des ananas que des patates. Et ça c’est sans compter les troubles géopolitiques, parce qu’au moins 500 millions de personnes ne pourraient plus vivre dans leur région et migreraient.
L’idée même d’envisager de s’adapter est donc tout bonnement absurde. Avec +1,5° les conséquences sont vraiment déjà très largement sous-estimées parce que la pensée qui édicte les conséquences aujourd’hui est très loin d’être assez systémique, pas assez complexe.
Donc si le dossier de Science et Avenir explique ce qui va changer et comment s’adapter, ben c’est du bullshit, parce que ça n’existe pas. Et c’est grave, parce que c’est dilatoire. L’objectif doit être d’inverser le réchauffement, pas de le limiter et de s’y adapter. Si on prend cette voie, c’est clairement le monde à la Mad Max qui nous attend. Ce genre de propos est typiquement ce qui est propulsé par le lobby libertarien parce que de s’adapter permet à l’industrie de continuer son bonhomme de chemin, c’est favorable aux multinationales du 20e siècle. C’est typiquement les idées propulsées par le Réseau Atlas, dont on parle beaucoup en ce moment.
En vérité, avec +1,5° la zone habitable de la Terre va se réduire. Comprendre que la zone inhabitable va augmenter. C’est-à-dire une bande à l’équateur qui va s’élargir en proportion du réchauffement où les températures seront tout bonnement trop élevées pour y vivre. Le principe est que plus l’humidité est élevée et moins le corps humain peut réguler sa température par l’évapotranspiration, puisque plus l’air est saturé et donc moins on peut lui ajouter de l’humidité par notre transpiration. Et ça fait qu’avec un taux d’humidité de 100 %, la température est létale dès 35°. Si vous avez une température de 42° et une hygrométrie de seulement 40 %, c’est déjà létal. Le croisement de ces deux informations donne un indice qui s’appelle « l’humidex ». En-dessous de 29 c’est le confort, au-dessus de 55 c’est létal. Autant dire que lorsque vous entendez que dans certaines régions du monde il fait 50° déjà aujourd’hui, si l’hygrométrie dépasse 25 %, ce qui est très peu, c’est l’hécatombe.
Crédit : https://www.meteo-paris.com/actualites/chaleur-une-perception-differente-selon-l-humidite-et-les-individus

Vous voyez dans cette tabelle en abcisse le taux d’humidité, en ordonnée les températures dans les croisements l’humidex. Chez nous, dans le Sud de la France, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, l’humidex se trouve de plus en plus fréquemment dans la zone orange. Il fait 40°, l’hygrométrie est à 35% et on est en plein dedans, alors ça fait que les plus fragiles, les personnes âgées, les malades avec certaines pathologies, les pauvres qui vivent dans des logements non isolés en ville où il n’y a rien pour se rafraîchir, meurent. C’est comme ça que les canicules engendrent des morts.

Mais ça c’est aujourd’hui, avec une élévation de « seulement » 1,3°. La zone inhabitable de la Terre représente déjà une bande perceptible, de plusieurs centaines de km dans laquelle on meurt déjà aujourd’hui. Avec +4°, nous aurions chez nous régulièrement, pour ne pas dire de manière récurrente, des épisodes avec un humidex en rouge. Et une bande d’au moins 1500 km tout le long de l’équateur y serait en quasi permanence. Or, dans cette bande vivent aujourd’hui près de 3 milliards de personnes. Autrement dit 3 milliards de personnes devraient partir plus au Sud ou plus au Nord et cette bande serait pratiquement perdue pour produire de la ressource, elle ne pourrait plus être cultivée ou travaillée dans des conditions normales. Aujourd’hui on y trouve de la ressource naturelle, de l’agriculture, à +4° il faudrait l’abandonner. Ce qui implique que s’imaginer s’adapter à un monde à +4° est utopique, c’est même délirant, ça revient à considérer que nous sommes une île protégée des dieux au milieu du monde, seuls au monde.

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