Les cobots : un moyen de faciliter le travail des hommes ou une fuite en avant vers l’éternel refus d’évoluer vers la Transition Sociétale ?

Dans ce contexte où, depuis une trentaine d’année, les robots prennent de plus en plus de place dans le paysage industriel, les entreprises ont de moins en moins besoin de main d’œuvre pour produire les biens et les services. Le problème, c’est que cette situation fait que les individus trouvent de moins en moins de travail et se retrouvent dans un chômage de longue durée. Les privant de revenus, sinon les acquis sociaux fournis par l’État.

C’est donc dans ce contexte que l’État cherche des solutions pour faire en sorte de maintenir l’emploi malgré cette automatisation. Parmi ces solutions, il y a la politique pour l’emploi qui consiste à subventionner massivement et systématiquement les entreprises de sorte que, malgré qu’elles n’en aient pas l’usage, elles créent ou conservent des emplois. Avec l’usage des robots, une autre solution a vu le jour. Au lieu que des robots accomplissent l’intégralité du travail d’un homme, l’homme continuera de travailler en étant collègues de robots avec qui ils coopèreront. Ce sont les cobots. Seulement, nous verront qu’il ne s’agit là que d’une nouvelle fuite en avant pour refuser d’évoluer vers la Transition Sociétale.

Une automatisation qui rend obsolète le travail des humains

Pour rappel, depuis une trentaine d’année, nous sommes dans un contexte où le travail devient de moins en moins nécessaire pour produire les biens et les services. Ce en raison de l’avancée de l’automatisation qui permet aux machines d’effectuer de plus en plus de tâches avec le minimum de salariés à ses côtés. C’est pour cela que le chômage de masse s’est installé durablement dans le paysage industriel, laissant nombre d’individus dans l’incertitude de vivre convenablement, faute de revenus stables.

C’est dans ce contexte que des solutions sont envisagées pour tenter de conserver le plus d’emploi possible. Pour se faire, l’État subventionne massivement et systématiquement les entreprises, plus particulièrement les vieilles industries, pour qu’elles maintiennent les emplois. On a également accordé de nombreux avantages fiscaux aux riches en espérant que les économies d’impôts qu’ils génèrent les feront investir dans l’économie réelle de sorte qu’ils créent des emplois.

Seulement, on voit que ces solutions ne fonctionnent pas. Si certes l’apparition de l’intelligence artificielle a nécessité de nouvelles compétences et des hommes pour les mettre en œuvre, il n’y en a pas autant besoin qu’auparavant, puisque l’essentiel du travail se fait avec peu de salariés. Nous sommes arrivés à cette période charnière où la machine ne se contente plus de démultiplier la force de l’homme qui travail pour la faire fonctionner, c’est l’intelligence artificielle qui la fait fonctionner et travailler la machine à la place des hommes. Nous ne sommes plus au début du XXème siècle où par exemple, dans l’industrie automobile, avec l’arrivée des moteurs thermiques pour remplacer les chevaux, il fallait transférer les artisans contribuant à la production de voitures hippomobiles vers l’automobile à moteur. Ainsi, les maréchaux ferrants étaient devenus des mécaniciens, les cochers des chauffeurs, les fabricants de diligences des fabricants d’automobiles. Sauf que voilà, la technologie d’antan nécessitait la présence d’humains pour fonctionner. Elles ne pouvaient que démultiplier la force musculaire des humains, qui devaient être là pour faire fonctionner ces mêmes machines.

Des solutions pour quand même maintenir le travail

Avec cette fin du travail qui se profile, le fonctionnement de cette société orientée autour du travail des individus s’en trouve bouleversé. On se questionne au sujet de la manière dont les salariés pourraient générer des revenus autrement qu’en touchant un salaire, puisqu’il y a de moins en moins de travail disponible. Ne concevant pas qu’une alternative à cette société organisée autour du travail est possible, c’est pour cette raison que l’État a mis en place des politiques budgétaires expansionnistes en subventionnant massivement et systématiquement les entreprises de sorte qu’elles créent des emplois. Mais, comme mentionné précédemment, cela ne fonctionne pas. En effet, si de nouveaux emplois se créent avec l’Intelligence artificielle, il n’y en aura jamais autant qu’auparavant car un robot à lui tout seul effectue les tâches de plusieurs salariés.

Toutefois bien décidées à faire en sorte que les individus travaillent, la plupart des entreprises ont d’ores et déjà trouvé une solution. Au lieu que les robots effectuent l’intégralités des tâches répétitives, elles ont inclus dans la chaîne de production des humains qui complètent ou terminent le travail du robot. Des exosquelettes ont même été mis au point pour démultiplier la force des salariés. Notamment dans le secteur de la manutention où des charges lourdes doivent être déplacées. Bref, nous sommes dans l’ère des cobots, ou collègues robots qui travaillent aux côtés des humains.

Une solution plus coûteuse que bénéfique pour la société

Si cette idée de maintenir les individus au travail tout en y intégrant des robots pour faciliter les tâches semble résoudre la problématique de chômage due à l’automatisation de la production, il s’avère que cette solution ne soit pas non plus viable pour la société. On peut constater que ces cobots vont contribuer à dégrader encore d’avantage les conditions de travail. C’est d’ores et déjà le cas chez Amazon qui, depuis quelques temps, a automatisé les donneurs d’ordres. Autrement dit, on ne reçoit plus les ordres par un salarié humain, mais par un robot qui communique avec ses collègues humains via un casque. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les robots sont capables de travailler à un rythme bien plus effréné qu’un humain. Alors pour que le salarié humain suive, il lui faut travailler de façon plus intense et avec un salaire moins élevé puisque son poste est automatisable, donc sans valeur, puisque la tâche en question pourrait être exécutée entièrement par le robot.

De plus, ce système pourrait bien s’avérer coûteux à la société. En effet, les humains, qui travailleront de manière plus intense pour suivre la cadence, tomberont malades plus souvent. Ce qui fera que l’entreprise devra composer avec des absentéismes plus fréquents. La société devra aussi compenser ces pathologies liées à ces conditions de travail en finançant d’avantage la protection sociale, dans laquelle l’Assurance Maladie, dont l’essentiel du budget est orienté vers le remboursement de maladies liées au travail. Et c’est sans parler sur les seniors, dont l’idée qui circule en ce moment est de reculer encore d’avantage l’âge du départ à la retraite. Ce qui aura pour conséquence d’amplifier les conséquences citées précédemment. Et avec les salaires toujours tirés vers le bas, le pouvoir d’achat global va encore diminuer. Ce qui diminuera les bénéfices des entreprises, notamment les PME, qui représentent à elles seules la moitié du tissu économique. Mais aussi les rentrées fiscales car un pouvoir d’achat affaibli, c’est moins de consommation donc moins de TVA et moins d’impôts sur le revenu. L’État devra encore accroître son endettement pour compenser les pertes de rentrée fiscale induites par ce refus d’évoluer et d’adapter la société à la fin du travail .

Contrairement à ce qu’on entend, le travail n’est pas un vecteur de cohésion de la société

Ces solutions ont pour but de faire en sorte que le travail ne disparaisse pas, malgré l’automatisation. Ce sur le postulat comme quoi le travail est un élément essentiel pour assurer la cohésion de la société. Sans quoi les individus perdraient les repères que leur offrait le travail salarié. Seulement, ce postulat est erroné dans la mesure où non seulement le travail salarié tel qu’il est actuellement est tout récent à l’échelle de l’histoire de l’humanité, mais aussi parce que le travail ne contribue pas à assurer la cohésion de la société. Non seulement il n’y contribue pas, mais en plus il compromet cette cohésion.

Pour rappel, le travail salarié a été instauré durant les débuts de la Révolution Industrielle pour faire fonctionner des machines qui ne pouvaient travailler seules. En effet, si les premières machines à vapeur ont considérablement démultiplié la force musculaire des hommes et des animaux jusque-là employés comme moteurs, elles avaient besoin des humains pour les guider dans les tâches à accomplir. C’est pourquoi, malgré l’abolition du système féodal divisant la société entre les nobles et les sans-titres, le travail salarié des hommes libres était nécessaire pour faire fonctionner les machines, et donc l’économie. Cela tombait bien, puisque les hommes libres en question étaient en grande majorité frustres, incultes et affamés. De ce fait, ils n’avaient pas d’autres choix que de travailler pour gagner leur vie. Tandis que les individus riches avant la Révolution Française étaient les seuls à avoir les moyens de posséder l’outil de production dans lequel les salariés travaillaient. C’est comme cela que notre système oligarchique s’est mis en place, faute que les individus puissent influer sur la société car trop pauvres et trop occupés à travailler.

Le travail est contraire à la cohésion de la société dans la mesure où il cloisonne l’individu. En effet, le travail est chronophage. Ce qui empêche l’individu d’avoir du temps pour lui-même et assurer son existence puisqu’il est continuellement lié à son poste. Il côtoie essentiellement des individus issus de son lieu de travail, faute d’avoir le temps d’en fréquenter d’autre. L’individu doit consacrer la quasi-totalité de son temps à son travail. Ce qui l’empêche aussi de vraiment contribuer économiquement et politiquement à la société. De ce fait, seuls ceux qui ont les moyens de vivre sans travailler contribuent vraiment en s’occupant non seulement de leurs affaires, mais aussi des affaires de la société, pendant que les autres travaillent et délèguent aux premier le soin de s’occuper de leurs affaires, faute de temps. Ce qui constitue un facteur d’inégalité, tant en richesse qu’en influence.

Le travail pose aussi un problème au niveau environnemental. Pour donner du travail au plus grand nombre, il faut produire quantitativement et bas de gamme, donc bon marché. En effet, Il faut beaucoup de matières premières, de machines, de bâtiments d’usines, d’énergie, de surface de distribution, etc. pour produire en grande quantité, et donc beaucoup de main d’œuvre pour créer et gérer toute cette chaîne de production. Ce qui est loin d’être bénéfique pour l’environnement. Sans compter sur les déplacements quotidiens du domicile vers le lieu de travail le matin et vice versa le soir, qui viennent s’additionner au facteur pollution.

Bref, il n’y a aucune raison de faire en sorte que le travail perdure dans la société. De par sa chronophagie pour ceux qui doivent le subir, il est contraire à l’épanouissement des individus et à la démocratie. De plus, il compromet l’écologie du fait que pour donner du travail, il faille produire quantitativement et bon marché.

La seule issue positive pour la société, c’est d’accepter la fin du travail

Il sera plus bénéfique, dans tous les domaines, de faire en sorte que ces robots remplacent totalement l’humain dans son rôle de machine-outil. On aurait l’émergence d’une nouvelle industrie à bien plus forte valeur ajoutée qui créerait bien plus de richesse que les vieilles industries qu’on valorise pour maintenir le plus d’emploi possible.

Pour inciter les entreprises à se tourner vers l’automatisation de leurs chaînes de production, il faudrait leur faire signer un contrat néo-social. Autrement-dit, l’État leur apporte un soutien pour qu’elles s’automatisent, en leur remettant une aide financière et un label qui les valoriseraient en vertu de leur responsabilité sociétale et écologique (puisque des humains libérés du travail, c’est de la souffrance en moins et une production plus écologique puisque l’objectif pourra être de produire peu mais sophistiqué, donc cher)  en échange de payer 40 % d’impôts sur les sociétés, puisqu’il n’y aura plus le prétexte des dépenses liés aux salaires et à l’aménagement des postes de travail, ce dont les robots n’ont pas besoin pour travailler efficacement. Ce qui leur permettra de recevoir plus facilement du financement de la part de la plateforme de financement participatif Action Mutuelle d’Investissement, qui sera la principale source de financement de l’économie réelle et dont les individus seront les principaux décisionnaires.

Les humains libérés du travail seront bien plus vecteurs de création de richesse qu’en étant salariés puisqu’ils auront le temps, que le travail ne leur donnait pas, pour contribuer à la société en créant leur propre activité. Ce qui leurs permettra, en plus de s’épargner la souffrance liée au travail, de mieux gagner leur vie, ce qui à terme, leurs permettra d’accroître leur capacité individuelle de création de richesse. La société sera aussi bien plus démocratique. En effet, si les individus n’ont plus l’obligation de travailler pour gagner leur vie, ils auront aussi le temps de s’impliquer davantage dans la vie politique de la société. Bref, la fin du travail, c’est la liberté et la démocratie. Ce que ne permettra jamais le travail, très chronophage.

 

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